lundi 12 mai 2008
MON JUPON
A Miramas, tes mains brûlées par le soleil, m'ont détroussée de ce jupon. De ces mains qui m'ont vu venir, je suis encore amoureuse.
dimanche 27 avril 2008
SI BELLE, LOUISE

J'ai vu plus d'un adieu se lever au matin,
J'ai vu sur mon chemin plus d'une pierre blanche,
J'ai vu parmi la ronce et parmi le plantain
Plus d'un profil perdu, plus d'un regard éteint
Et plus d'un bras, la nuit, que me tendaient les branches.
Par le calme et la pluie et le souffle du vent
J'ai vu passer les mots qu'un baiser accompagne.
J'ai vu ces baisers-là s'en aller au couvent
Et dans le flot des lacs où le temps va, rêvant,
J'ai vu plus d'un noyé dont je fus la compagne.
J'ai vu tous mes regrets guetter mon avenir,
L'amour me délaisser pour une autre nature
Mon coeur, mal estimé, de loin me revenir
Et ce coeur me rester pour battre ma mesure.
Ces mains, ces yeux, ces bras où passa mon destin
Ces profils éperdus ne pesant plus une once,
Je les revois dans l'onde et l'arbre et le plantain
Et je vois mon destin dans l'entrelacs des ronces.
J'ai vu - Louise de Vilmorin
vendredi 11 avril 2008
L'HORLOGER SOUS LA LUNE OU...
L'AIR DU TEMPS...

Par une nuit douce d'août, j'ai capturé un horloger sous la lune. A mon oreille, le battement tendre de son coeur résonne encore comme le tic-tac régulier et perpétuel d'une montre mécanique d'un autre siècle. Peu lui importe de courir après le temps, lui sait l'arrêter. Dans mes rouages rouillés, il a glissé du bout de sa pince ce grain d'or qui a relancé mon mécanisme défaillant et les minutes ne filent plus, elles se posent.
Tentez cette experience merveilleuse de dormir auprès d'un horloger sous la lune, son corps est fort et rassurant comme celui d'une belle horloge comtoise. Je vous le recommande.
jeudi 20 mars 2008
STORIA

On va reprendre l'histoire du début. Enfin, on va essayer. On va dire qu'elle commence par une belle nuit étoilée ou, si tu préfères, sous un ciel piqueté de lueurs scintillantes comme des brillants. Je sais tu as le goût de la métaphore et j'ai la métaphore facile. La grande casserole, le petit chariot, Vénus, la Voie Lactée et puis Orion, la fleur de carotte de Giono... on se rend compte du vide sidéral quant à nos notions d'astronomie... ce qui nous occupe pour l'heure et les nuits à venir (mais on n'en est pas encore bien sûrs), c'est la ronde nuptiale à laquelle se livrent nos corps. Bien entendu, nous les laissons faire. En fait, nous sommes pantois sous la lune, devenus muets peu à peu.
C'est un beau début d'histoire. Dans ces moments-là, on se dit que la vie ne devrait être faite que de commencements. Adieu les tourmentes ! Ainsi on enverrait voler par dessus les moulins les douleurs assassines. Oui mais voilà, pour cette histoire d'étoiles filantes inaperçues, il a fallu clore une autre histoire qui avait commencé assis en tailleur devant un feu de bois sur des tomettes délavées et qui, elle-même, avait mis le terme à une histoire entamée face à la mer, bercés que nous étions par le ressac de l'eau, les fesses humides dans le sable mais nous n'osions pas le dire par peur de rompre le charme et ainsi de suite et toujours une suite et une fin...
Plus tard, on se demande, je me demande si toute cette mise en scène d'étoiles, de nuit d'été et de son cortège de grenouilles coassantes, de grillons insomniaques, de chouette éberluée n'était pas là pour brouiller nos sens irrémédiablement, nous engager à poursuivre l'histoire jusqu'à l'automne et bien au-delà si affinités.
Je dois me rendre à l'évidence : écrire l'histoire ne t'intéresse pas, pas la nôtre en tous les cas. Je cherche ta main, je ne la trouve pas, je cherche ton regard, je ne le trouve pas. Je dis les mots que tu ne dis pas. Je m'écorche vive à tes côtés. Je me suis trompée d'histoire et tu me l'accordes. Chacun sa version. Sa vision. Son évasion. Alors je me mets en quête d'un autre début. La décision n'est pas simple à prendre. Oh non !mon corps renâcle à laisser le tien mais je me mets en chemin. Et puis, par une nuit blanche d'août, je kidnappe, je le jure la pleine lune pour témoin, sur la route sinueuse des gorges d'Evenos un horloger peu farouche. Mais là est une autre histoire...
mardi 18 mars 2008
LA GRACE DE JEAN

Elles ont des têtes de jeunes chats qui s'éveillent et qui posent sur le monde un regard étonné, sans ciller, comme si elles le voyaient pour la première fois à chaque fois.
Elles ont la grâce des enfants, des poignets aux attaches fines, quelque chose de la tige d'une fleur dans le corps qui se courbe sous la brise. Et ce sang rouge puis bleu qui court dans leurs veines à fleur de peau. Elles ont le sourire grave et aussi doux. Elles impriment dans l'air l'émotion qui les rend charnelles. Longtemps après leur passage, elles habitent notre mémoire.
Elles ont la grâce des enfants, ces filles-là.
dimanche 16 mars 2008
JEAN PERD ET PASSE

"Mais qu'est-ce que ça veut dire dégueulasse ?"
A bout de souffle - Jean Seberg - Jean-Luc Godard
mercredi 13 février 2008
TA MAISON

Ta maison est une maison de village de deux étages et un grenier. C'est au second que nous avons conçu notre enfant et au rez de chaussée que nous nous sommes mariés, en juin, le 21, un mercredi. Tôt le matin, j'ai cueilli dans les champs les fleurs jaunes de mon bouquet de mariée. Au crépuscule, sur le terrain municipal, le temps de lâcher ta main, j'ai marqué un but au cours de cette fameuse partie de foot-ball, la robe bleue remontée sur mes genoux d'ancienne fillette. Et les grands-parents applaudissaient. Les parents hochaient la tête. Plus tard, tu t'es endormi dans mes bras, repu de rires et de bonheur, des souvenirs à venir derrière les paupières. A ce moment-là, j'aurais donné ma vie pour sauver la tienne.
C'est au troisième jour de notre voyage de noces que nous décidons de rentrer à la maison, non pas que le voyage ne soit pas beau mais mon goût pour le camping ne s'avère pas. Nos noces se poursuivront à l'ombre. Dans ta maison, il y a une volée d'escaliers accueillante et fraîche qui invite à la rêverie et j'aime m'y blottir dans le chaud de la journée à l'heure de la somnolence et du corps alangui. Je n'aime rien d'autre que cette vacuité qui capture mon être, ce silence qui me cueille, ce semblant d'éternité qui me laisse entrevoir la vie heureuse, ton pas qui résonne d'un palier à l'autre.
Pourtant ce qui me taraude depuis tout ce temps, c'est de retrouver l'entre-nous deux, cette histoire d'avant et d'après, mouvante, flottante comme le retour d'un mauvais rêve, indéfinissable, cette infime parcelle de vie qui se niche juste après l'avant et juste avant l'après. Ce que je sais, c'est que mon regard sur toi ne change pas.
Les saisons passent et nous restons dans ta maison à endurer les rigueurs de l'hiver, l'ombre qui tombe à l'heure du goûter, nos bouts de nez gelés en dépit des feux de cheminée, nos corps gourds en février. Cette maison a supporté comme une belle et grande et fière maison, sans craquements, sans grincements, sans fissures aucune, sans dégâts irréparables, nos ardeurs de bâtisseurs amateurs, nos poussées de fièvre de maçon idéaliste, nos égarements architecturaux. Nous avons poursuivi notre tâche avec passion, jour après jour, et nous avons regardé notre enfant grandir entre clous et marteaux, masses et briques. C'est ainsi que les saisons passent. Nous avons tiré des lignes, et aussi, il faut le dire, des plans sur bien des comètes. Nous avons tendu des fils à plomb, pris des niveaux, monté des murs, déplacé des montagnes et, avec beaucoup d'application, nous avons appris à essuyer les plâtres.
Les trois petits singes de la sagesse se cachaient dans le tiroir secret du secrétaire déglingué. J'ai eu pour eux un élan de tendresse renversant. Une émotion pure, brute et brutale. J'avais oublié jusqu'à leur existence, nos discussions âpres quant à leurs sages vertus, les négociations pour leur éviter la déchéance, l'exil au fond d'une boite à chaussures. J'ai vidé chacune des pièces de ta maison de leurs substances, de la moindre de tes traces. J'ai effacé tes empreintes, empilé les vieux disques, jeté la tente de camping. J'ai pleuré à chaque marche, à chaque palier, dans chaque lieu. J'ai répandu mes cris et mes larmes comme autrefois nous peuplions de cris et de rires cet endroit de bric et de broc.
Tu ne le sais pas, mais j'ai fermé les volets de ta maison. Au premier, les persiennes étaient cassées.
dimanche 10 février 2008
L'INDECENTE

Il a bien fallu s'habiller, ce matin-là. Choisir une jupe bleue, un bout de ciel après la nuit blanche, la jeter sur le lit défait, au milieu des draps en boule et des oreillers pour deux. S'allonger encore un peu même s'il n'est plus l'heure, écouter son corps qui respire. Envisager la suite, ta fuite.
L'indécence est de t'avoir aimé sans jamais te le dire et ainsi de ne pas avoir pu te retenir quand tu es parti.
mercredi 23 janvier 2008
LA CLE DE SONGE

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blème,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l'ignore.
Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.
Mon rêve familier - Paul Verlaine - Poêmes Saturniens
dimanche 13 janvier 2008
UN TRUC DE PRINCESSE

Enfant, elle joue à la Madame aux frais de la princesse, se couvre d'or de pacotille, de perles en graines, enroule sa petite nature dans une étoffe ondée aux reprises douces sous les doigts, éclats de soie parsemés. Quand elle avance dans le jardin, les fleurs hochent la tête et s'écartent avec grâce devant ce pas léger de fillette qui ne recule devant rien.
