Madeleine Songe

Création de bijoux en pâte polymère, perles, écriture, mots, rêveries

mardi 18 mars 2008

LA GRACE DE JEAN

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Elles ont des têtes de jeunes chats qui s'éveillent et qui posent sur le monde un regard étonné, sans ciller, comme si elles le voyaient pour la première fois à chaque fois.

Elles ont la grâce des enfants, des poignets aux attaches fines, quelque chose de la tige d'une fleur dans le corps qui se courbe sous la brise. Et ce sang rouge puis bleu qui court dans leurs veines à fleur de peau. Elles ont le sourire grave et aussi doux. Elles impriment dans l'air l'émotion qui les rend charnelles. Longtemps après leur passage, elles habitent notre mémoire.

Elles ont la grâce des enfants, ces filles-là.

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dimanche 16 mars 2008

JEAN PERD ET PASSE

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"Mais qu'est-ce que ça veut dire dégueulasse ?"

A bout de souffle - Jean Seberg - Jean-Luc Godard

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mercredi 13 février 2008

TA MAISON

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Ta maison est une maison de village de deux étages et un grenier. C'est au second que nous avons conçu notre enfant et au rez de chaussée que nous nous sommes mariés, en juin, le 21, un mercredi. Tôt le matin, j'ai cueilli dans les champs les fleurs jaunes de mon bouquet de mariée. Au crépuscule, sur le terrain municipal, le temps de lâcher ta main, j'ai marqué un but au cours de cette fameuse partie de foot-ball, la robe bleue remontée sur mes genoux d'ancienne fillette. Et les grands-parents applaudissaient. Les parents hochaient la tête. Plus tard, tu t'es endormi dans mes bras, repu de rires et de bonheur, des souvenirs à venir derrière les paupières. A ce moment-là, j'aurais donné ma vie pour sauver la tienne.

C'est au troisième jour de notre voyage de noces que nous décidons de rentrer à la maison, non pas que le voyage ne soit pas beau mais mon goût pour le camping ne s'avère pas. Nos noces se poursuivront à l'ombre. Dans ta maison, il y a une volée d'escaliers accueillante et fraîche qui invite à la rêverie et j'aime m'y blottir dans le chaud de la journée à l'heure de la somnolence et du corps alangui. Je n'aime rien d'autre que cette vacuité qui capture mon être, ce silence qui me cueille, ce semblant d'éternité qui me laisse entrevoir la vie heureuse, ton pas qui résonne d'un palier à l'autre.

Pourtant ce qui me taraude depuis tout ce temps, c'est de retrouver l'entre-nous deux, cette histoire d'avant et d'après, mouvante, flottante comme le retour d'un mauvais rêve, indéfinissable, cette infime parcelle de vie qui se niche juste après l'avant et juste avant l'après. Ce que je sais, c'est que mon regard sur toi ne change pas.

Les saisons passent et nous restons dans ta maison à endurer les rigueurs de l'hiver, l'ombre qui tombe à l'heure du goûter, nos bouts de nez gelés en dépit des feux de cheminée, nos corps gourds en février. Cette maison a supporté comme une belle et grande et fière maison, sans craquements, sans grincements, sans fissures aucune, sans dégâts irréparables, nos ardeurs de bâtisseurs amateurs, nos poussées de fièvre de maçon idéaliste, nos égarements architecturaux. Nous avons poursuivi notre tâche avec passion, jour après jour, et nous avons regardé notre enfant grandir entre clous et marteaux, masses et briques. C'est ainsi que les saisons passent. Nous avons tiré des lignes, et aussi, il faut le dire, des plans sur bien des comètes. Nous avons tendu des fils à plomb, pris des niveaux, monté des murs, déplacé des montagnes et, avec beaucoup d'application, nous avons appris à essuyer les plâtres.

Les trois petits singes de la sagesse se cachaient dans le tiroir secret du secrétaire déglingué. J'ai eu pour eux un élan de tendresse renversant. Une émotion pure, brute et brutale. J'avais oublié jusqu'à leur existence, nos discussions âpres quant à leurs sages vertus, les négociations pour leur éviter la déchéance, l'exil au fond d'une boite à chaussures. J'ai vidé chacune des pièces de ta maison de leurs substances, de la moindre de tes traces. J'ai effacé tes empreintes, empilé les vieux disques, jeté la tente de camping. J'ai pleuré à chaque marche, à chaque palier, dans chaque lieu. J'ai répandu mes cris et mes larmes comme autrefois nous peuplions de cris et de rires cet endroit de bric et de broc.

Tu ne le sais pas, mais j'ai fermé les volets de ta maison. Au premier, les persiennes étaient cassées.

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dimanche 10 février 2008

L'INDECENTE

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Il a bien fallu s'habiller, ce matin-là. Choisir une jupe bleue, un bout de ciel après la nuit blanche, la jeter sur le lit défait, au milieu des draps en boule et des oreillers pour deux. S'allonger encore un peu même s'il n'est plus l'heure, écouter son corps qui respire. Envisager la suite, ta fuite.

L'indécence est de t'avoir aimé sans jamais te le dire et ainsi de ne pas avoir pu te retenir quand tu es parti.

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mercredi 23 janvier 2008

LA CLE DE SONGE

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Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blème,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l'ignore.
Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

Mon rêve familier - Paul Verlaine - Poêmes Saturniens

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dimanche 13 janvier 2008

UN TRUC DE PRINCESSE

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Enfant, elle joue à la Madame aux frais de la princesse, se couvre d'or de pacotille, de perles en graines, enroule sa petite nature dans une étoffe ondée aux reprises douces sous les doigts, éclats de soie parsemés. Quand elle avance dans le jardin, les fleurs hochent la tête et s'écartent avec grâce devant ce pas léger de fillette qui ne recule devant rien.

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vendredi 28 décembre 2007

VEIRE L'AN QUE VEN

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Bottez les fesses à ces voeux pieux qui n'ont de voeu que la promesse et qui, une fois le premier de l'an passé, disparaissent dans le flot de la vie...Prenez-les à bras le corps et donnez-leur corps. Il en est ainsi des voeux, il faut les travailler au plus près, les serrer à la culotte, les marquer au pas si on ne veut pas qu'ils s'évaporent par désenchantement, inertie ou oubli.

A mon tour, je vous souhaite la flamme pour réaliser vos rêves et vos désirs, de trouver en chaque journée la pépite du bonheur qui ouvrira la voie du lendemain. De tout votre corps, de toute votre essence, portez-vous bien !

Merci à vous de votre fidélité, de votre enthousiasme et de votre patience. Sans vous, Madeleine aurait regagné le pays de ses songes.

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lundi 26 novembre 2007

LA BELLE

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La nuit n'est jamais complète

Il y a toujours puisque je le dis

Puisque je l'affirme

Au bout du chagrin une fenêtre ouverte

Une fenêtre éclairée

Il ya toujours un rêve qui veille

Désir à combler faim à satisfaire

Un coeur généreux

Une main tendue une main ouverte

Des yeux attentifs

Une vie à se partager.

Et un sourire - Paul Eluard, Le Phénix, 1951.

Merci à Line de m'avoir aiguillée vers ce poême

 

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mardi 20 novembre 2007

COMME UN COL

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Mes nuits sont blanches pendant que la nuit est noire. Dans cette vie sans rêve, j'enfile des perles sans lumière. A chercher le bout. Le bout de la nuit. Le bout du fil. Le lien qui m'unit à vous. Mes perles sont comme toutes les perles, lâchées, elles roulent. Perdues, elles s'oublient. Pendant que la nuit est noire, que la lune, rognure d'ongle, éclaire avec peine les draps défaits, je me donne une seconde chance.

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dimanche 28 octobre 2007

JAIS AIMé, J'AI OSé

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Toutes deux regardaient s'enfuir les hirondelles :
L'une pâle aux cheveux de jais, et l'autre blonde
Et rose, et leurs peignoirs légers de vieille blonde
Vaguement serpentaient, nuages, autour d'elles...

VERLAINE - Sur le Balcon.

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