lundi 2 mars 2009
EN VISITE CHEZ BETH

Beth nous surprend toujours. Quand, penchée à la fenêtre, sur les coups de midi, elle crie à qui veut l'entendre (mais c'est à nous qu'elle s'adresse): une grenadine ? Et même si nous lui montrons de l'inde+ le cadran de la montre en répondant : Beth, on est pressés, elle insiste en haussant le volume : une petite grenadine, alors ???
Beth nous surprend toujours et encore. Quand, sur les coups de 20 heures, plantée dans ses sandales blanches d'une autre époque et vissée dans l'herbe jaune de la pelouse, elle lance dans un hurlement à réveiller toutes les hirondelles endormies au+ alentours ses mots mystérieu+ : un quinquina ? Alors, sans nous consulter et dans un ensemble sans faille, nous poussons un profond soupir car le ton de la demande ne laisse pas le choix et nous rejoignons la terrasse de notre voisine en franchissant la haie qui sépare nos jardins mitoyens.
L'été passera à siroter le quinquina amer, la grenadine de garde de Beth, à la surface moisie, au rouge troublé par des années de conservation au fond d'un placard obscur. A chaque fois, le même rituel : nous levons nos verres à l'amitié et, à chaque fois, Beth rajoute : à vous, mes enfants. Le plus difficile est de faire semblant d'apprécier l'amical breuvage et d'en laisser un doigt ou 2, sans que Beth ne se renfrogne. Nous devenons très fort à ce jeu qui consiste à noyer le poisson dans un verre de grenadine passée ou de quinquina dénaturé. Dans le fond, c'est facile. Il suffit de divertir Beth, d'enfiler les mots comme les perles sur un fil, scintillantes au soleil, inventer un discours futile, distrayant et doux comme la brise qui nous enveloppe, l'art de dire peu mais avec conviction et de traquer chaque silence qui pointe son nez par une jonglerie verbale légère comme les bulles de savon.
Un soir, emporté par Dieu seul sait quel élan, tu fais, avec ce sérieux inconnu de moi jusqu'alors, cette annonce : Beth, nous allons nous marier ! Alors, Beth rosissant comme une jeune fiancée, pique du nez dans son verre au+ contours flous, avale une gorgée ambrée de travers et bafouille un étouffé mais néanmoins intelligible : mes enfants, vous ne pouviez pas me faire plus plaisir...
La vie continuera entre cris de ralliement, biscuits rances, mots chuchotés, d'autres plus articulés, l'oreille se fane, et rêveries associées, grimaces pour dire merci, embrassades pour se saluer...
Dérogeant à la règle, un dimanche après-midi, Beth passe la haie : venez, venez... Nous la suivons dans le dédale de sa maison, passant en coup de vent d'une pièce fraîche à une autre, grimpant les escaliers quatre à quatre (Beth dit que le secret de sa forme tient tout entier dans l'amertume du quinquina) jusqu'à ce que nous arrivions sous les toits. Là, poussant avec force la porte grinçante du grenier, elle nous précipite à l'intérieur et nous nous retrouvons avec stupéfaction, face à face, avec une armure grande comme un homme de belle stature, piquée de rouille sur la cuirasse, noircie au+ articulations mais dans l'ensemble encore en bon état.
"Cadeau de noces" dit Beth en tapotant avec affection l'épaule de l'homme de fer. Le ton bien que gentil est péremptoire. Nous répondons, parfaitement à l'unisson : Oh Beth ! merci !
A l'automne, nous nous épousons.
Commentaires
ce retour...
... dans le passé cache t-il une nostalgie moqueuse( de bon aloi!!!) ou un regret éternel pour ce que j'ai cru comprendre ne plus exister!!!???Jolie évocation ,pour moi,qui ,même sans avoir vécu la même chose,me rappelle des atmosphères,des silhouettes,des craquements d'herbes sèches au fond de jardins! des touffeurs annonçant des orages effrayants;oui,des boissons immondes parfois que la seule affection retient de ne pas vider...où d'ailleurs?!!!Ce regard d'amour pénétrant ne nous lâche pas :il faut profiter à fond des qq gouttes de non-solitude que ces personnes grappillaient en nous prenant comme otages de leur affection!çà va,Lydie???je te fais de belles bises!JINe
Un envahissant....
.....Rouge à lèvres. Dont elle me barbouillait le visage, la chère dame. Mon père un jour pour éviter les embrassades et surtout le babillage incessant de la chère voisine, est sorti par la fenêtre. J'ai eu droit à l'anisette aussi d'une autre voisine. Moi qui ai horreur de cela ! Alors dés qu'elle avait le dos tourné, hop, le buisson derrière moi en profitait. Vive les voisins!
J'ignore si cela date ou non, s'il est question du présent, du passé ? Je n'en sais pas assez et loin de moi l'envie de juger pour autant.
J'ai apprécié simplement le récit, les faits bien écrits, développés avec cette douce et gentille moquerie, l'atmosphère légère flottante. J'ai transposé aussi, évidemment...cette joyeuse Beth me rappelle étrangement ma grand-mère? ce personnage, attachant par certains aspects !!
J'espère que tu vas bien, mieux, dirais-je.
Une pensée mêlée à un remerciement car ce billet autrement qu'un de tes beaux bijoux offert, dévoile et révèle un regard sur la vie et les êtres qui me plait bien, me touche aussi.
Oh, oui, c'est évident, tu enfiles les mots comme tes perles et les souvenirs bons ou mauvais, revivent comme par magie, devenant -quels qu'ils puissent être- beaux, pour différentes raisons, poétiques également.
Nous le savons tous, la poésie ne nait pas nécessairement du "beau" décrit mais de la manière dont le sujet est amené !
A bientôt, je l'espère.
PS / J'espère de tout mon cœur que seul le quiquina te laisse un goût amer ! mais peut-être après tout que le secret d'une forme retrouvée -cf Beth- réside aussi dans le nectar du fameux breuvage. Sinon, le sirop de rose au printemps est fameux, dit-on...! Au plaisir de boire un jour quelques gouttes en ta jolie compagnie !
Comme j'aime quand tu enfiles tes mots comme des perles, retrouvées dans un joli coffret de souvenirs d'une autre époque ! J'ai envie de te dire à mon rour : Oh... Merci, Lydie !
douce amère.....
Il y'a beaucoup de tendresse dans ton récit....sous des airs de pie moqueuse !!! Elle nous est familière ta Beth , une grand mère , une vieille tante mais une histoire et un coeur derrière.
Je suis très touchée !
Amitiés
Loetitia
Très joli texte, écriture longue, agréable, on ouvre les tiroirs, on regarde, on voyage, merci ...
Au plaisir ...
Servanne
besoin des Aautres
En tout cas, tu fais couler de l'encre, avec tes récis...Tu fais remonter les souvenirs, et se poser des questions sur le pourquoi ces MOTS-LÀ...Plutôt que l'histoire de la grenouille qui se prends pour Portos et veux sauver la reine aux côtés des 3 Mousquetaires !!!!
Des tas de bisous sucrés et non amers, sur tes deux joues amicales, ma Lydie...De ton amie de pas loin...Tu sais celle qui collectionne les animaux ! hi !
A bientôt !
besoin des Autres...pou exister !
En tout cas, tu fais couler de l'encre, avec tes récis...Tu fais remonter les souvenirs, et se poser des questions sur le pourquoi ces MOTS-LÀ...Plutôt que l'histoire de la grenouille qui se prends pour Portos et veux sauver la reine aux côtés des 3 Mousquetaires !!!!
Des tas de bisous sucrés et non amers, sur tes deux joues amicales, ma Lydie...De ton amie de pas loin...Tu sais celle qui collectionne les animaux ! hi !
A bientôt !
D'où qu'ils viennent ...
... tes mots nous plongent dans une athmosphère si particulière ... quelques souvenirs remontent à la surface, forcement ... il y a une Beth chez chacun d'entre nous je suppose ... Tes deux derniers billets, différent l'un de l'autre sont très étrangement comme un reflet dans le mirroir de ma vie ... Je rêve de notre rencontre... patience, j'ai confiance aux belles rencontres de la vie...
Oh Lydie, j'ai parfois le sentiment que nous avons vécu des mêmes tranches de vie !! encore une fois tu as su trouver les mots et faire éclater dans ma tête des moments à jamais révolus !!
A chaque fois, mon coeur en chavire !!
Je te fais de gros bizous pour tout cela
Mo
Quinquina et grenadine, cela sonnerait bien pour un titre de livre, film, blog, marque et pourquoi pas un bijou pour immortaliser ton récit. Cela me plait bien cette association de mots, de goûts et couleurs surtout sous ta plume.
Au fait avant de partir en Mai à Chicago et au bead & button shom de Milwaukee, je ferais bien l'escapade chez Cielo. J'attends ton feu vert.
Bon weekend
Pat
J'ai toujours aimé l'automne... Pour nous ce sera le printemps, celui qui frémit déjà.
Hier j'ai trouvé mon armure, il ne manque que celle du chevalier.
Prends soin de Beth :) Et de toi.
Un petit coucou en passant
Mo
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