lundi 2 novembre 2009
PASSER LA MAIN...
II faut tourner la page
Changer de paysage
Le pied sur une berge
Vierge
II faut tourner la page
Toucher l'autre rivage
Littoral inconnu
Nu
Et là, enlacer l'arbre
La colonne de marbre
Qui fuse dans le ciel
Tel
Que tu quittes la terre
Vers un point solitaire
Constellé de pluriel
II faut tourner la page...
Redevenir tout simple
Comme ces âmes saintes
Qui disent dans leurs yeux
Mieux
Que toutes les facondes
Des redresseurs de monde
Des faussaires de Dieu
II faut tourner la page
Jeter le vieux cahier
Le vieux cahier des charges
Oh yeah
II faut faire silence
Traversé d'une lance
Qui fait saigner un sang
Blanc
II faut tourner la page
Aborder le rivage
Où rien ne fait semblant
Saluer le mystère
Sourire
Et puis se taire.
Claude Nougaro - Philippe Saisse

Inachevé. C'est son état. Il le restera. Je croyais que je pourrais mais je ne peux pas. Continuer. Etre là et là, la-bas aussi. Je ne peux pas. Je suis triste. Je m'en vais. Je suis triste. Rompre ce fil si tenu, presque invisible maintemant entre nous, ça me désole. Avant de tourner la page, d'endormir Madeleine, vous dire que je vous ai dans le coeur. Et pour longtemps. Je suis dans la vraie vie, celle qui abime les mamans, leur prend la mémoire, les fragilise, les tue.
Je ne sais pas combien durera cette extinction de vie. Je ne sais pas. Mais je suis triste. C'est indicible. C'est entrer en crépuscule.
J'avais des mots encore à écrire, j'en ai plein ma gorge, des paquets, des bouquets, des fagots mais la fin de toute chose me cloue le bec. Des bijoux cachés derrière les paupières, scintillants comme les breloques de ton bracelet, tu te souviens, Maman ? j'en ai aussi.
Merci d'avoir été là.
Dire à Marie combien je l'ai aimée.
jeudi 2 juillet 2009
SURPRISE

La surprise me renverse le c-l par dessus tête et je tombe du ciel, je tombe du ciel.
De haut. De tout là-haut.
Ciel ! Mon coeur décroche...
lundi 8 juin 2009
OH ! CHERRY ! CHERRY !...
Je l'aime un peu, beaucoup, passionnément,
Un peu c'est rare et beaucoup tout le temps.
Passionnément est dans tout mouvement :
Il est caché sous cet : un peu, bien sage
Et dans : beaucoup il bat sous mon corsage.
Passionnément ne dort pas davantage
Que mon amour aux pieds de mon amant
Et que ma lèvre en baisant son visage.
PASSIONNEMENT - LOUISE DE VILMORIN
lundi 16 mars 2009
IL ME HAPPE, ME HAPPERA...

Tu vois ce convoi
Qui s'ébranle
Non tu vois pas
Tu n'es pas dans l'angle
Pas dans le triangle
Comme quand tu faisais du zèle
Comme quand je te volais dans les plumes
Entre les dunes
Par la porte entrebâillée
Je te vois rêver
A des ébats qui me blessent
A des ébats qui ne cessent.
Peu à peu tout me happe
Je me dérobe je me détache
Sans laisser d'auréole
Les cymbales les symboles
collent
On se rappelle
On se racole
Peu à peu tout me happe
Les vents de l'orgueil
Peu apaisés
Peu apaisés
Une poussière dans l'oeil
Et le monde entier soudain se trouble
Comme quand tu faisais du zèle
Comme quand je te volais dans les plumes
Entre les dunes
Par la porte entrebâillée
Je te vois pleurer
des romans-fleuve asséchés
Où jadis on nageait
Peu à peu tout me happe
Je me dérobe je me détache
Sans laisser d'auréole
Les cymbales les symboles
collent
On se rappelle
On se racole
Peu à peu tout me happe
Tu vois ce convoi
Qui s'ébranle
Non tu vois pas
HAPPE - A. BASHUNG - J. FAUQUE
lundi 2 mars 2009
EN VISITE CHEZ BETH

Beth nous surprend toujours. Quand, penchée à la fenêtre, sur les coups de midi, elle crie à qui veut l'entendre (mais c'est à nous qu'elle s'adresse): une grenadine ? Et même si nous lui montrons de l'inde+ le cadran de la montre en répondant : Beth, on est pressés, elle insiste en haussant le volume : une petite grenadine, alors ???
Beth nous surprend toujours et encore. Quand, sur les coups de 20 heures, plantée dans ses sandales blanches d'une autre époque et vissée dans l'herbe jaune de la pelouse, elle lance dans un hurlement à réveiller toutes les hirondelles endormies au+ alentours ses mots mystérieu+ : un quinquina ? Alors, sans nous consulter et dans un ensemble sans faille, nous poussons un profond soupir car le ton de la demande ne laisse pas le choix et nous rejoignons la terrasse de notre voisine en franchissant la haie qui sépare nos jardins mitoyens.
L'été passera à siroter le quinquina amer, la grenadine de garde de Beth, à la surface moisie, au rouge troublé par des années de conservation au fond d'un placard obscur. A chaque fois, le même rituel : nous levons nos verres à l'amitié et, à chaque fois, Beth rajoute : à vous, mes enfants. Le plus difficile est de faire semblant d'apprécier l'amical breuvage et d'en laisser un doigt ou 2, sans que Beth ne se renfrogne. Nous devenons très fort à ce jeu qui consiste à noyer le poisson dans un verre de grenadine passée ou de quinquina dénaturé. Dans le fond, c'est facile. Il suffit de divertir Beth, d'enfiler les mots comme les perles sur un fil, scintillantes au soleil, inventer un discours futile, distrayant et doux comme la brise qui nous enveloppe, l'art de dire peu mais avec conviction et de traquer chaque silence qui pointe son nez par une jonglerie verbale légère comme les bulles de savon.
Un soir, emporté par Dieu seul sait quel élan, tu fais, avec ce sérieux inconnu de moi jusqu'alors, cette annonce : Beth, nous allons nous marier ! Alors, Beth rosissant comme une jeune fiancée, pique du nez dans son verre au+ contours flous, avale une gorgée ambrée de travers et bafouille un étouffé mais néanmoins intelligible : mes enfants, vous ne pouviez pas me faire plus plaisir...
La vie continuera entre cris de ralliement, biscuits rances, mots chuchotés, d'autres plus articulés, l'oreille se fane, et rêveries associées, grimaces pour dire merci, embrassades pour se saluer...
Dérogeant à la règle, un dimanche après-midi, Beth passe la haie : venez, venez... Nous la suivons dans le dédale de sa maison, passant en coup de vent d'une pièce fraîche à une autre, grimpant les escaliers quatre à quatre (Beth dit que le secret de sa forme tient tout entier dans l'amertume du quinquina) jusqu'à ce que nous arrivions sous les toits. Là, poussant avec force la porte grinçante du grenier, elle nous précipite à l'intérieur et nous nous retrouvons avec stupéfaction, face à face, avec une armure grande comme un homme de belle stature, piquée de rouille sur la cuirasse, noircie au+ articulations mais dans l'ensemble encore en bon état.
"Cadeau de noces" dit Beth en tapotant avec affection l'épaule de l'homme de fer. Le ton bien que gentil est péremptoire. Nous répondons, parfaitement à l'unisson : Oh Beth ! merci !
A l'automne, nous nous épousons.
lundi 16 février 2009
LE SOIN DU PAPILLON

Il y a des passages à vide, de ceu+ où l'on se demande dans quel coin de l'espace se mettre pour que ça passe. Des passages sans mots, sans gués. Des passages d'un jour à l'autre à se cramponner au+ flancs des collines humides, à franchir des rivières boueuses, s'ébrouer comme le chien après son escapade.
Il y a des jours qui passent où je ne suis pas dans ma vie. Mais juste à côté.
Alors, je prie, les mains jointes, je prie pour que la nuit.
Pour que la nuit, le papillon se pose sur mes yeu+. Il me délivre du sommeil et me livre, nue, au+ rêves.
